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La Guernesey de Victor Hugo, sauvage et riante

Le voyageur arrivant aujourd’hui en bateau à Guernesey est-il saisi par les mêmes émotions que Victor Hugo le 31 octobre 1855 ? Le décor de granit couronné de façades colorées est-il celui qui accueillit l’écrivain ? Quand Hugo accosta en canot, débarqué d’un vapeur stationné au large comme le font encore les ferry-boats, les quais étaient bien plus étroits et le port lui-même moins étendu : une « pince de homard entrouverte qui prenait sur l’abîme un peu de mer qu’elle forçait à se tenir tranquille », la Victoria Marina actuelle (1).

Surtout, le cœur d’Hugo était bien plus agité que celui d’un touriste : il venait chercher là un refuge vital après son expulsion de Jersey, l’île voisine rejointe, via Bruxelles, pour fuir la France du coup d’État de décembre 1851.Hauteville House, la maison de Victor HugoC’est en prenant l’écrivain pour guide qu’il faut découvrir Guernesey.

Depuis le port, dépassant l’église Saint-Pierre, « majuscule de la longue ligne qui fait la façade de la ville sur l’océan » (2), on peut emprunter l’un des escaliers qui s’élèvent vers le Candie Garden où domine la statue de l’écrivain depuis 1914, redescendre vers les halles où ses domestiques venaient s’approvisionner et, de là, cheminer vers les antiquaires et brocanteurs voisinant l’église de la Trinité, tels que les côtoyait alors un Hugo méconnu : le chineur et décorateur.

Car le clou du voyage à Guernesey est la visite d’Hauteville House, la maison qu’il conçut et redécora entièrement, achetée en 1856 avec les droits d’auteur des Contemplations, comme on mène « une expérience politique » : Hugo, devenant propriétaire anglo-normand, se déclare « curieux de voir si les pierres anglaises sauront défendre un proscrit français » (lettre d’août 1856 à Jules Janin).


après la rénovation d’ampleur de la bâtisse. /Lionel Bonaventure/AFP class=img-responsive />Façade arrière d’Hauteville House, la maison d’exil de Victor Hugo,après la rénovation d’ampleur de la bâtisse. / Lionel Bonaventure/AFPIl y vivra avec sa femme Adèle et ses enfants, qui, préférant la vie continentale, le laisseront seul à partir de 1865.

Cette maison étonnante, où il demeura jusqu’à la chute du Second Empire en 1870 (il y reviendra en 1872, 1875 et 1878), a été léguée à la Ville de Paris par ses héritiers en 1927. Elle vient de rouvrir après dix-huit mois de travaux (lire ci-contre).« Les Misérables », un roman contemporainLa demeure surplombe la baie de Havelet, désormais bordée par les voitures, où le Hugo de 55 ans, décidément gaillard, note dans ses carnets le 1er novembre 1857 avoir pris son 125e bain de mer depuis son arrivée : « Rien de plus paisible que cette crique en temps calme, rien de plus tumultueux dans les grosses eaux.

. Il y avait là des pointes de branches perpétuellement mouillées par l’écume. Au printemps, c’était plein de fleurs, de nids, de parfums, d’oiseaux, de papillons et d’abeilles. »Des dîners pour les enfantsDepuis le jardin.....


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