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Au tribunal, le récit poignant des survivants de l’incendie du Cuba Libre

« Je n’ai pensé qu’à moi. C’était l’instinct de survie, mais tous les jours je me demande pourquoi je ne lui ai pas pris la main. » À la barre, Yannis, jeune homme frêle de 21 ans, a la voix qui se brise. En ce mercredi 11 septembre, nous sommes au troisième jour du procès Cuba Libre, du nom du bar où s’est déclaré un mortel incendie en août 2016.

Si Yannis a survécu, ce n’est pas le cas de sa cousine Karima, morte dans la cave aménagée en dancing du bar, comme 13 autres victimes.C’est pour répondre de ces « homicides et blessures involontaires » que les deux anciens gérants de l’établissement comparaissent depuis lundi devant le tribunal correctionnel de Rouen.

Ils encourent 5 ans de prison et 76 500 € d’amendes.« En moins de 30 secondes, tout a pris feu »Yannis a conscience d’être « un miraculé » comme l’ont appelé les pompiers en le récupérant, brûlé et hébété, dans la nuit du 5 au 6 août. Ce soir-là, le jeune homme, alors âgé de 18 ans et accompagné de son cousin Bilai, rejoint Karima à la fête d’anniversaire d’Ophélie.

Lorsqu’une amie descend le gâteau coiffé d’un feu de Bengale, les flammes lèchent le plafond de la cave recouvert d’une mousse isolant phonique très inflammable. « En moins de 30 secondes, tout a pris feu », raconte Yannis.Procès Cuba Libre à Rouen, les gérants du bar face à leurs manquementsMalgré l’épaisse fumée, il parvient à gravir l’escalier en flammes puis, après plusieurs chutes, à sortir du bar devenu un brasier.

« Les pompiers ont commencé à sortir les corps, au moins six ou sept, tous noirs », reprend le jeune homme, hanté par ces images. Sa cousine Karima, transportée en urgence à l’hôpital Saint-Louis à Paris, mourra un mois plus tard.Cauchemars et culpabilitéRevivre cette soirée d’horreur pour la énième fois est un calvaire.

Tout comme entendre la série de manquements à la sécurité exposée depuis le début du procès : non-déclaration de l’aménagement de la cave, escalier d’accès étroit, omniprésence de la mousse inflammable qui, en fondant, a fait du sol une patinoire brûlante. Les prévenus, deux frères âgés de 48 et 40 ans, sont livides.

« On faisait que tomber et les mains par terre faisaient le bruit d’un steak sur une poêle », raconte, après Yannis, son cousin Bilai, le dernier à s’être extirpé du bar. Des sanglots s’échappent du public où se trouvent des familles de victimes. Mais le pire, c’est la porte de secours de la cave que les gérants avaient oublié de déverrouiller.

« Si elle avait été ouverte, je pense que personne ne serait mort », lâche Yannis d’une voix blanche, déclenchant des pleurs dans l’assemblée puis la sortie de plusieurs membres des familles de victimes.À Rouen, le temps de la justice pour le dramatique incendie du Cuba LibreTrois ans après le drame, les séquelles physiques des survivants sont quasi-invisibles.

. Ce sont les conséquences psychologiques qui sont insupportables. « J’ai beaucoup de flash-back, encore aujourd’hui, confie Bilai.....


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