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"Il y a une omerta encore plus forte" : pourquoi les inégalités territoriales jouent aussi un rôle dans les violences conjugales

Pour espérer sen sortir, mieux vaut être battue dans le Nord que dans le Tarn. Ce constat, dressé froidement par la sœur dune victime de féminicide lors de la marche des familles, mardi 3 septembre, est partagée par plusieurs associations. Daprès leur expérience, elles estiment quune femme qui subit des violences conjugales naura pas les mêmes chances den sortir en fonction de son lieu de résidence.

La sortie des violences est, en effet, un processus laborieux. Le Haut Conseil à légalité le divise en quatre étapes : la révélation des faits et laccès au droit, la mise en sécurité des victimes, la phase judiciaire, puis la sortie effective et durable du schéma violent. Mais certains territoires, insulaires ou ruraux, favorisent le repli sur soi et rendent encore plus difficile ce parcours.

Les DOM-TOM, régions les plus touchéesEn 2018, 121 féminicides conjugaux, cest-à-dire les meurtres de femmes par leur conjoint ou ex-conjoint, ont eu lieu en France. Cest en outre-mer que ces crimes ont été les plus fréquents : le taux dhomicides par mort violente au sein du couple pour un million dhabitants atteint notamment 14,2 en Polynésie française, 7,4 en Guyane et 5,2 en Martinique, contre 1,9 en moyenne en France métropolitaine.

Un rapport du Conseil économique social et environnemental (CESE) intitulé Combattre les violences faites aux femmes en outre-mer, a été remis à la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, en décembre 2017. Sur les îles d’outre-mer, les mesures d’éloignement sont par définition plus difficiles à appliquer.

Les victimes et leurs agresseurs vivent en vase clos, tout le monde se connaît. A l’acte d’agression s’ajoutent la honte, la pression, le regard des autres, qu’on ne peut pas fuir, estimait-elle alors.Deux ans plus tard, le procureur de Cayenne, Samuel Finielz, dresse le même constat, même sil estime que le retard a été en partie rattrapé en Guyane depuis 2017.

Certaines victimes peuvent avoir des réticences à déposer plainte du fait de leur situation irrégulière, explique-t-il. Dans ce département, les étrangers en situation irrégulière représentent en effet 20 à 25% de la population. Les victimes de violences conjugales craignent dêtre reconduites à la frontière lors du dépôt de plainte, déplore le magistrat, rappelant que cette peur est infondée : les femmes étrangères victimes de violences conjugales sur le territoire français sont, du moins en partie, protégées par la loi.

Mais dautres spécificités territoriales freinent la libération de la parole. La vie en communauté, avec des traditions très marquées, favorise lentre-soi. Les victimes craignent, en déposant plainte, de désorganiser lensemble de la société.Samuel Finielz, procureur de Cayenneà franceinfoAvec ses quelque 84 000 km², la Guyane est le plus vaste département français.

. Létendue géographique pose de vrais problèmes pour le maillage territorial, rapporte le procureur de Cayenne. Certains villages ne sont accessibles que par pirogues et complètement coupés des services.....


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