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Une histoire globale de la guerre

Article réservé aux abonnés Livre. Penser la symbiose entre l’histoire de la guerre et celle du monde, l’ambition peut paraître démesurée. La collection « Mondes en guerre », dirigée par les historiens Hervé Drévillon et Giusto Traina – une série de quatre volumes dont les deux premiers, depuis la préhistoire jusqu’au XIXe siècle, paraissent en cette rentrée –, démontre que l’entreprise valait d’être tentée.

Les ouvrages sont des objets magnifiques, à la fois savants, accessibles et esthétiques. Pour l’équipe de spécialistes réunie autour de MM. Drévillon et Traina, tout a débuté en 2012 par « une réflexion sur le principal facteur de la globalisation du monde, relativement peu traité en tant que tel dans la nouvelle “histoire globale” : la guerre ».

M. Drévillon, professeur à l’université Panthéon-Sorbonne, directeur de la recherche au service historique de la défense, assure : « Travailler sur ce sujet de façon transnationale nous a ouvert de nouvelles compréhensions du fait guerrier national. » Exemple ? Le rôle de l’imprimé fut décisif dans la révolution militaire de l’Europe entre le XVIe et le XIXe siècle, « en ce qu’il a contribué à la politisation et à la publicisation de la guerre ».

Le premier bombardement Pas d’enchaînement encyclopédique ici, les chapitres sont conçus comme des récits. Dans le deuxième volume, « L’avènement des territoires », « La sacralisation de la violence », « Les malédictions impériales » guident le lecteur vers l’affrontement des nations au XIXe siècle.

L’iconographie a été particulièrement travaillée. En témoigne ce petit croquis original de 1797, par lequel un ingénieur parisien présenta au Directoire le tout premier projet de bombardement aérien, au moyen d’un chapelet d’une centaine de ballons. Il permet de comprendre l’importance du principe de « l’économie des moyens » qui va modeler la guerre moderne.

Les leçons tirées des épuisantes guerres de siège redessineront alors les fortifications des Etats. Les contraintes logistiques avaient déjà montré les limites de l’assaut des villes au Moyen-Orient. « Dans les espaces arides, l’armée assiégeante est dans une position plus difficile que les assiégés pour des raisons d’approvisionnement, et doit précipiter l’issue du siège dans une logique de terreur », explique M.

Drévillon – qui sait que les 90 000 habitants de Bagdad furent tués en dix-sept jours en 1247 ? « Le XVIIIe siècle voit naître le bombardement stratégique », détaille encore M. Drévillon. Lors du siège de 1747, l’armée française bombarde la ville de Berg-op-Zoom, dans les Provinces-Unies (les Pays-Bas), ce qui veut dire alors viser la population civile avec des boulets explosifs à la trajectoire parabolique.

. Une rupture. Le tome III de la série, Guerres mondiales et impériales 1870-1945, est annoncé pour mars 2020 ; le dernier, Guerres sans frontière, 1945 à nos jours, pour l’automne 2020. ..


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