×
35 17.11.2019 05:41:49 05:41

« Grand-mère sait faire » ou la revanche des mémés



De la série « Tante Juliette », Valanjou (Maine-Et-Loire), 1987. DENIS DAILLEUX / AGENCE VU On avait beau l’adorer, ses réflexions agaçaient. « Ferme la porte, tu chauffes le cul du bon Dieu… », « Attention tu fais des épluchures trop grosses ! », « Toutes ces feuilles de papier toilette pour des petites fesses d’enfant ? » Chez Léonie, à Villeneuve-l’Archevêque, dans l’Yonne, la vaisselle se faisait en bassine, dans l’évier, la douche devait être désencombrée avant exceptionnel usage, la télé se regardait, agglutinés autour de la cuisinière, la température des chambres poussait à s’enfouir jusqu’aux yeux sous l’édredon, les pulls étaient tricotés main, les rangs de haricots verts arrosés à l’eau de pluie, les croûtes de pain échangées contre les tomates du voisin, qui élevait poules et lapins, et le biclou du grand-père tenait lieu de SUV (véhicule utilitaire sportif).

Près d’un demi-siècle plus tard, hommage doit lui être rendu : Léonie dite « mémère Nini » avait raison. Cette grand-mère de la campagne et de peu de moyens, qui n’avait que trop connu la guerre, les tickets de rationnement et les rutabagas, était, par nécessité, écologiste avant même que le mot existe ; elle pratiquait, sans s’imaginer pionnière, la sobriété, le zéro déchet, l’économie circulaire, la permaculture, le locavorisme, l’échange de services et le do it yourself.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Do-it-yourself » : la renaissance du faire-soi-même Mouchoirs en tissu et poêles à bois Qui veut réduire son empreinte carbone adopte peu ou prou, aujourd’hui, le mode de vie des mémés à blouse de la France rurale. Montreuil (Seine-Saint-Denis) et Villeneuve-l’Archevêque : mêmes mouchoirs en tissu, mêmes poêles à bois, mêmes ­vélos, même combat ! Le rapprochement ne réjouit pas forcément les militants écologistes, las d’être renvoyés aux temps éclairés à la bougie.

Pour mobiliser la jeunesse, Greta Thunberg vaut mieux que mémère Nini. Quoique… « Mémé [L’Iconoclaste, 2014], c’est un label politique, estime Philippe Torreton. C’est mon livre le plus engagé même si telle n’était pas mon intention initiale. » Début 2014, l’acteur publiait cette ode à son aïeule normande Denise et à « sa simplicité de vivre », qui n’a cessé, depuis, de se vendre (185 000 exemplaires) et de lui valoir du courrier.

« Je me méfie, pondère-t-il, de notre regard nostalgique. Son existence était rude tout de même. Mais une partie de la survie de l’espèce ­humaine dépend de notre capacité à nous réapproprier sa sobriété, après avoir été tant poussés à consommer, à jeter. Ce n’est ni passéiste ni réactionnaire. C’est un retour au bon sens.

. » ..


code de nouvelles: 367209  |  lemonde
Toutes les nouvelles ont été recueillies par AllFrenchNews Crawler

Mots clés