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7 09.12.2019 11:34:03 11:34

Les travaux d’Esther Duflo et son équipe sont-ils une rupture scientifique ?

« Une approche pragmatique »Luc Behaghel, chercheur à l’École d’économie de Paris, Inra.Les travaux conduits par Esther Duflo et les équipes du Poverty Action Lab ont introduit une double rupture dans l’étude de la pauvreté et du développement. Sur le plan méthodologique, d’abord, l’approche se veut résolument empirique, basée sur des « essais randomisés », sorte d’expériences contrôlées qui permettent de tester, sur le terrain, l’efficacité de programmes sociaux dans les domaines les plus divers, de l’éducation à la santé en passant par la gouvernance.

La discipline économique se distancie ainsi des théories abstraites, des idéologies et des clichés pour s’intéresser aux faits. Cette approche locale n’empêche pas de penser « global ». À condition de faire la part de ce qui relève du contexte, les enseignements tirés d’un essai peuvent très bien être adaptés pour concevoir une politique plus générale.

Et les effets de cette généralisation peuvent être évalués à leur tour.L’autre avancée concerne notre compréhension de la pauvreté. Les résultats accumulés ont mis en évidence les multiples contraintes auxquelles font face les ménages pauvres. Comprendre quelles contraintes sont bloquantes et comment les lever passe par un processus d’essai-erreur où les chercheurs et les acteurs de terrain « co-expérimentent » et évaluent.

Les solutions à tester viennent du savoir des communautés concernées, de l’expérience d’acteurs du développement, des connaissances scientifiques et, bien souvent, de la rencontre des trois. Cette approche ouverte et pragmatique permet de rompre avec la fatalité de la pauvreté et de changer notre regard sur les pauvres.

« Des résultats non reproductibles »Gaël Giraud, ancien chef économiste de l’Agence française de développement et prêtre jésuite.Malgré d’importants progrès ces dernières décennies et l’aide internationale, la pauvreté continue d’affecter plus de 4 milliards d’individus dans le monde. Aussi donateurs, politiques et professionnels cherchent-ils à améliorer l’efficacité des projets financés.

Ceci explique l’engouement pour les « évaluations aléatoires », d’abord utilisées en médecine et désormais déployées pour mesurer l’impact de programmes d’aide en comparant les résultats d’un « traitement » sur un groupe témoin distingué d’un groupe de contrôle.Cette méthode, popularisée par Esther Duflo, paraît à première vue séduisante.

Mais plusieurs questions se posent sur sa pertinence scientifique. Une première difficulté est de tirer vraiment au hasard des sujets dans une collectivité humaine. Il existe toujours des biais dans la sélection, ce qui fausse dès le départ le protocole. Surtout, les résultats obtenus ne sont pas reproductibles.

. L’impossibilité de tirer des lois générales de ces expériences en limite donc la portée. Enfin, ces essais coûtent très cher. Sans parler des questions éthiques qu’ils posent, en particulier lorsqu’il s’agit de projets touchant à la santé.Mais.....


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