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10 09.12.2019 21:08:45 21:08

Algérie : « Le Hirak est un point de départ pour reconstruire le champ politique »



Des manifestants apportent des briques pour construire un mur à l’entrée de sous-préfecture de Tizi-Ouzou, en Algérie, le 8 décembre 2019, afin de protester contre l’élection présidentielle prévue le 12 décembre. RYAD KRAMDI / AFP Près de dix mois se sont écoulés depuis la première manifestation d’ampleur contre un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika à la tête de l’Algérie.

Le Hirak, nom donné au mouvement de contestation, a, depuis, essaimé dans de nombreuses villes, pris de l’ampleur, jusqu’à faire partir l’ancien chef de l’Etat et ses proches. Par deux fois, le pouvoir a même dû décaler la tenue du scrutin présidentiel. Il se tiendra finalement jeudi 12 décembre, malgré les protestations des manifestants qui dénoncent un simulacre d’élection.

Journaliste au Monde diplomatique et chroniqueur au Quotidien d’Oran, Akram Belkaïd est l’auteur de L’Algérie en 100 questions, un pays empêché (éd. Tallandier, 2019). A trois jours de l’échéance électorale, il décrypte les enjeux du scrutin et le chemin parcouru par le Hirak. Les autorités ont maintenu une élection que beaucoup de citoyens rejettent.

Quels sont l’objectif et la stratégie derrière ce passage en force ? L’urgence pour le pouvoir est de revenir à la normale constitutionnelle. C’est un élément fondamental dans la manière de fonctionner du système : toutes les apparences de la légalité doivent être respectées. Or depuis juillet [fin théorique du mandat du président par intérim], on est hors Constitution – même si le pouvoir ne le reconnaît pas –, avec la mise en avant du chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah, devenu l’homme qui donne le la.

C’est une situation que les militaires et le régime ne pouvaient pas tolérer plus longtemps. Avec l’élection, on passe en force, malgré toutes les contestations, pour dire que l’Algérie est revenue à la normale. « Ce qui est insupportable pour les militaires, c’est d’être clairement identifiés comme ceux qui détiennent le pouvoir.

» Ce qui est insupportable pour les militaires, c’est de se retrouver en première ligne, de ne plus avoir de façade civile, d’être clairement identifiés comme les personnes qui détiennent le vrai pouvoir. Ahmed Gaïd Salah a fait plus de discours publics retransmis ces derniers mois que n’importe quel officier supérieur au cours des cinquante dernières années.

C’était impensable avant. Cette omniprésence médiatique, politique, n’est pas dans l’ADN du système. Ça a fait du chef d’état-major une cible directe des manifestants. Une fois l’élection passée, il y aura de nouveau un fusible qui concentrera l’impatience et la colère populaires. Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Ils ont volé ce pays, ils nous ont tout volé » : en Algérie, la contestation se poursuit avant l’élection présidentielle Pourquoi ce refus total du pouvoir de négocier avec les protestataires ? Cela relève presque de l’irrationnel.

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