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Du fil d’araignée tiré d’un ver à soie transgénique

Article réservé aux abonnés Le fil d’araignée, solide, extensible et biocompatible, est souvent présenté comme le Graal des tisserands. Mais sa récolte est malaisée : les arachnides, souvent cannibales, se prêtent mal à l’élevage industriel. Depuis une trentaine d’années, le génie génétique et la chimie ont donc enrôlé divers organismes – chèvres, bactéries, levures, pommes de terre… – pour leur faire produire les chaînes de protéines qui constituent ce fil si convoité.

Les succès sont restés mitigés, en raison notamment de la lourdeur des processus de transformation. Mais une équipe internationale décrit dans la revue Biomacromolecules une nouvelle tentative qui semble plus fructueuse : elle est parvenue à intégrer dans le génome du ver à soie des gènes d’araignée et a constaté que le fil produit par ce bombyx transgénique était comparable à celui de l’arachnide.

Mieux, le transgène se conservait au fil des générations. Ayant déjà exploré la voie du lait de chèvre soyeux, Justin Jones (Utah State University) et ses collègues ne sont pas les premiers à s’être engagés sur la piste de la chenille transgénique. Des nucléases à doigt de zinc ou encore des Talens ont été employées pour doter le bombyx du mûrier de gènes d’araignée, mais les améliorations apportées sont restées, écrivent-ils, « limitées ou non décrites », ce qui est mauvais signe.

Des tissus hybrides Les chercheurs ont donc taillé sur mesure les altérations du génome du ver à soie, grâce à l’outil vedette de l’édition du génome, Crispr-Cas9. L’idée était d’y insérer des gènes commandant le codage des protéines produites dans les glandes ampullacées, celles où se fabrique chez l’araignée le gel formant les fils les plus solides.

« Les araignées présentent jusqu’à six types de glandes produisant des fils répondant à des fonctions différentes, cocon, capture, enrobement des proies… La moitié des araignées ne font pas de toile piège », rappelle l’arachnologue Christine Rollard (MNHN). Elle se dit « épatée » par la prouesse technique, tout en s’interrogeant sur les limites éthiques à donner à la transgenèse – et en soulignant que les propriétés intrinsèques des fils d’araignée ont parfois été survendues par des laboratoires avides de financements.

Pour la résistance à la rupture, les fils tirés des cocons des vers transgéniques sont comparables à ceux filés par les araignées. Face à celle des bombyx non génétiquement modifiés, la soie transgénique est 60 % plus solide, quand sa capacité de déformation varie de – 34 % à + 25 % et que sa dureté est améliorée de 50 %.

. « Au toucher, on ne perçoit aucune différence avec la soie normale », note Justin Jones, pour qui elle pourrait être mise à profit dans des tissus hybrides, évoquant des contacts industriels qu’il ne dévoile pas. ..


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