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21 03.06.2019 09:43:11 09:43

Au Kirghizstan, combattre les violences conjugales


À l’écran, un vieil homme, assis dans la pénombre, tient sa tête dans sa main. « Ma petite fille est à l’hôpital parce que son mari l’a frappée. Comment aurais-je pu agir pour lui éviter d’en arriver là ? » Le film d’animation est terminé, les lumières s’allument dans la crèche du village de Massy, dans le sud du Kirghizstan.

L’activiste Asylbek Eshiev demande : « Qu’auriez-vous fait à la place de cet homme ? »Face à lui, sont assis 15 aksakals, les « barbes blanches » âgées de plus de 60 ans qui ont la place de vieux sages et de conseillers dans leurs villages. L’un d’eux prend la parole : « Je ne peux pas répondre. Je n’ai jamais vu de tels problèmes dans ma communauté.

 » Pourtant d’après Human Rights Watch, dans cette république post-soviétique d’Asie Centrale à majorité musulmane, près d’une femme sur trois âgée de 15 à 49 ans est un jour victime de violences conjugales.Kidnappées pour être mariéesL’ONU Femmes estime à près de 12 000 le nombre de femmes kidnappées chaque année pour être mariées, selon l’ancienne tradition Ala Kachuu, passible de sept à dix ans de prison depuis 2013 mais toujours pratiquée.

« Les hommes ne se rendent pas compte que leurs comportements sont violents, explique Asylbek Eshiev, professeur de philosophie et d’économie à l’université, qui a réalisé des sondages dans les zones les plus reculées du pays, où les statistiques sont les plus hautes.Au Kirghizstan, des musulmans veulent lever l’interdiction de la polygamieSouvent, les violences physiques, économiques, sexuelles ou psychologiques sont ignorées.

En 2009, en sortant d’un séminaire sur les violences faites aux femmes où il est le seul participant masculin, il se dit : « Si c’est un problème qu’on veut régler, il faut que les hommes aussi participent et comprennent. » Depuis, il s’efforce de les éduquer.Changer la notion de « masculinité »« Avec la fin de l’URSS, l’économie a chuté, poursuit-il.

Beaucoup de femmes, plus résilientes, se sont lancées dans le commerce et subviennent aux besoins de leurs familles. Des hommes qui dépendent de leurs femmes peuvent vouloir créer l’illusion qu’ils dominent, ce qui peut aboutir à de la violence physique. » Il lance alors des formations, pour les parents d’élèves et des jeunes hommes d’une trentaine de villages, pour changer cette notion de « masculinité ».

Très vite, il comprend l’importance de solliciter les « barbes blanches » dont l’avis pèse en zone rurale.Son projet s’appelle « Atake », qui signifie « père » et « celui qui prend soin de l’autre » en Kirghize. À chaque aksakal, il distribue un CD qui contient une copie du film. Avant de quitter la salle, chacun s’engage à le diffuser dans son village, et à réfléchir aux solutions à apporter en cas de violences.

. « Selon notre culture, ils sont plus âgés donc je n’ai pas le droit de leur dire quoi faire, ajoute l’activiste. Mais mon travail, c’est de leur ouvrir les yeux. »Des vieux sages à l’écouteKodirjan.....


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